Dans une interview exclusive accordée à RMC, Edouard Geffray, récemment nommé à la tête du ministère de l’Éducation nationale, lève le voile sur son parcours personnel et scolaire. Cet entretien diffusé dans le podcast Mon école, mes profs et moi révèle un homme discret, marqué par l’enseignement public et profondément attaché aux valeurs d’égalité républicaine. À 47 ans, ce haut-fonctionnaire qui a dirigé la direction générale de l’enseignement scolaire pendant cinq ans partage ses souvenirs d’élève, ses difficultés et les rencontres qui ont façonné sa destinée.
Un enfant du public marqué par l’univers des lettres
Originaire de Seine-Saint-Denis où il voit le jour en 1978, le ministre de l’Éducation grandit dans le Val-d’Oise et fréquente exclusivement des établissements publics. Son parcours débute à l’école élémentaire d’Ormesson, située à Enghien-les-Bains, où il découvre les joies de l’apprentissage. Cette période reste gravée dans sa mémoire comme un moment exceptionnel, une phase où il se sentait épanoui et curieux de tout.
L’environnement familial joue un rôle déterminant dans sa construction intellectuelle. Sa mère enseigne le français dans un lycée tandis que son père travaille dans l’édition, créant ainsi une atmosphère baignée de culture littéraire. Toutefois, ses parents adoptent une posture équilibrée concernant sa réussite scolaire, se montrant raisonnablement attentifs sans pression excessive. Edouard Geffray reconnaît d’ailleurs n’avoir jamais figuré parmi les premiers de sa classe, se situant plutôt dans la catégorie des élèves à l’aise sans briller particulièrement. Son parcours scolaire reste honorable sans être exceptionnel : pas de mention très bien au baccalauréat, et une note estimée à 14 en philosophie lors de cet examen.
| Période scolaire | Établissement | Ressenti |
|---|---|---|
| Maternelle et primaire | École d’Ormesson, Enghien-les-Bains | Épanouissement total |
| Collège | Val-d’Oise | Période difficile |
| Lycée | Lycée Van Gogh, Ermont | Amélioration progressive |
Les années collège, une période de construction délicate
Contrairement à ses années primaires idylliques, le passage au collège constitue une épreuve pour le futur ministre. Il qualifie cette étape comme pas les meilleures années de sa vie, marquée par une quête identitaire difficile. L’adolescence apporte son lot d’incertitudes et le regard des autres devient une source d’anxiété, parfois injuste ou déformant selon ses propres mots.
Cette période inconfortable représente néanmoins un passage obligé dans son développement personnel. Avec le recul, Edouard Geffray reconnaît que ces moments difficiles l’ont forgé et ont participé à construire sa personnalité. Cette capacité à transformer l’adversité en force témoigne de sa résilience, qualité qui lui sera précieuse dans ses futures responsabilités.
La rencontre décisive avec un enseignant visionnaire
Le lycée marque un tournant significatif dans la trajectoire du ministre. Au lycée Van Gogh d’Ermont, il retrouve un équilibre et apprécie ces années où les choses deviennent plus simples, propices aux discussions passionnées et à la reconstruction du monde entre camarades. Mais surtout, il y rencontre monsieur Sénéchal, son professeur de physique-chimie, qu’il décrit comme une figure exceptionnelle en matière de pédagogie et de compréhension.
Cette rencontre déterminante intervient lors d’un rendez-vous mémorable, le jour du décès de François Mitterrand. À ce moment-là, le jeune Edouard hésite entre sa passion pour l’astrophysique et une vocation encore floue. Son enseignant formule alors une question fondamentale : n’aurait-il pas plutôt envie de travailler pour l’État et l’intérêt général ? Cette interrogation produit un déclic immédiat, mettant des mots sur des aspirations confuses. Le ministre confie que toute sa trajectoire ensuite a été guidée par cette révélation, pour laquelle il reste éternellement reconnaissant envers son professeur.
Les principales valeurs transmises par cette rencontre incluent :
- L’importance du service public et de l’intérêt général
- La capacité d’un enseignant à révéler les aspirations profondes d’un élève
- Le rôle crucial de l’accompagnement dans l’orientation scolaire
- La noblesse de la mission éducative
Vision éducative entre lecture, écrans et traditions
Fort de son expérience et père de cinq enfants, Edouard Geffray développe une philosophie éducative claire. Il considère l’enseignement comme le plus beau métier du monde, une mission d’une noblesse incomparable. Les professeurs conservent selon lui une place centrale, leurs visages restant gravés dans la mémoire comme si on les avait quittés la veille.
Concernant l’éducation de ses propres enfants, le ministre privilégie la lecture comme pilier fondamental. Il insiste sur la présence de livres au domicile familial, quel que soit le milieu social, car cela favorise directement la réussite scolaire. Avec ses plus jeunes enfants, il fréquente régulièrement la bibliothèque municipale pour renouveler les emprunts hebdomadaires et diversifier l’imaginaire. À défaut de livres nombreux, il recommande aux parents de conter des histoires pour développer le vocabulaire et ouvrir des horizons.
La question des écrans constitue une préoccupation majeure pour cet ancien secrétaire général de la CNIL entre 2012 et 2017. Ses enfants ne possèdent pas de smartphone avant le lycée, suivant le principe que le plus tard est le mieux. Il défend les appels vocaux et les échanges directs comme expressions de la vraie sociabilité, s’opposant aux messages et boucles WhatsApp qui nuisent à l’attention portée à autrui. Sur des sujets comme l’uniforme scolaire, il adopte une position nuancée selon les contextes, tout en plaidant pour les manuels papier plutôt que numériques.
Enfin, ce passionné de lecture avoue que son livre préféré demeure Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, tandis qu’à l’époque lycéenne, il connaissait par cœur toute la discographie de Jean-Jacques Goldman, témoignant d’une sensibilité culturelle diverse et authentique.